L'homme qui rit

 L’histoire commence lors d’une terrible nuit d’hiver. Le misanthrope Ursus et son loup Homo recueillent dans leur roulotte deux enfants abandonnés au froid et à la faim, une petite fille aux yeux gelés, et un garçon horriblement défiguré par des trafiquants d’enfants. Ce sont Dea et Gwynplaine. Par la suite, cette famille de fortune va alors connaître le succès grâce au visage de Gwynplaine, déformé par un rictus hideux et surnaturel. Il devient alors le célèbre « Homme qui rit », vedette de toutes les foires anglaises. Jusqu’au jour où son passé le rattrape…

 

Victor Hugo nous livre un extraordinaire plaidoyer sur la différence sociale et physique, l’exclusion, le déracinement, l’opposition entre laideur physique et laideur morale. Dans un monde de plus en plus cynique, l'optimisme de Victor Hugo touche au plus profond. Aujourd’hui, deux siècles plus tard, l’œuvre est encore actuelle par son contenu troublant d’universalité.

 

Les objectifs de ce projet sont de faire découvrir un roman méconnu, de travailler sur l'adaptation d'une œuvre littéraire au théâtre, de créer un univers avec une forte identité (visuelle, auditive, sensorielle),  de faire vivre au spectateur un moment dont il se souviendra, et surtout de créer un groupe cohésif, dynamique et complice autour du projet.  

La critique, par Luce Ripahette :

 

C’est un roman du répertoire classique dont Lucile Bariou s’empare. Une œuvre du XIXème siècle : un drame aux accents comiques et politiques qui dénonce les injustices sociales d’une Angleterre soumise à la toute-puissance de l’élite. 

Dans « L’homme qui rit », Victor Hugo raconte le naufrage de Gwynplaine dont le destin est bouleversé par la découverte de son statut social. Défiguré, abandonné puis recueilli par Ursus, Gymnplaine devient une bête de foire « grâce » à  son visage monstrueux. Jusqu’au jour où son passé le rattrape et le projette dans la chambre des Lords dont il fait désormais partie.

 

Dès l’entrée du public, les acteurs sont sur scène. Ils s’affairent, s’agitent dans un espace tamisé de bleu avec pour fond sonore le bruit de la mer déchainée, essayant de sauver leur bateau d’un naufrage inévitable. Le tout dégage une énergie qui force l’immersion instantanée du public au cœur de la pièce.

Menée tambour battant par des interprètes dont la ferveur ne s’estompe pas, cette proposition revisite une œuvre politique teintée de questionnements actuels. 

 

Le monologue impressionnant porté par Gwynplaine dans la chambre des Lords en est le point culminant. Celui ci, se retrouve projeté dans un monde qu’il ne maîtrise pas, dans un monde où (soudainement) il croit avoir sa place. Il devient alors porteur d’un message et tente de dénoncer l'oisiveté excessive d'une noblesse qui par ennui se distrait de la violence et de l’oppression. Pourtant, alors même que son discours prend aux tripes, les moqueries l’accablent  et on finit par le féliciter de sa « représentation hilarante ».

Le spectateur se retrouve comme au cœur du débat. Une prise de conscience qui pousse à la réflexion. Car la dénonciation est double, elle vise aussi la passivité du peuple qui préfère rire et se soumettre.

« Je représente l'humanité telle que ses maîtres l'ont faite. L'homme est un mutilé. Ce qu'on m'a fait, on l'a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l'intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement. »

 

 

Essentiellement centrée sur la scénographie et la vitalité des acteurs, cette vision contemporaine de « l’Homme qui rit » se donne pour principal objectif de faire revivre une fable. Et elle revit. Comme le souhaitait Lucile Bariou, presque 150 ans après son écriture, la pièce d’Hugo s’ouvre à nous. Elle résonne dans et avec le monde d’aujourd’hui.

  CONTACTS :

Lucile Bariou : petite.ecrivain@hotmail.fr

 

0611225315